Près de 4 millions de seniors vivent avec des troubles de l’audition sans appareil
Malgré la prévalence des troubles de l’audition de Français de 65 ans, une large part ne recourt pas aux solutions existantes, au risque d’accentuer l’isolement et la perte d’autonomie.
En France, près de 4 millions de seniors ne font rien pour compenser leur surdité. C’est ce qui ressort d’une enquête OpinionWay réalisée pour l’Association nationale de l’audition (ANA) à l’occasion de la 29e journée nationale de l’audition du 12 mars. « Si les troubles de l’audition sont très répandus, leur prise en charge demeure insuffisante », pointe ainsi l’ANA dans son communiqué.
Une perte de l’audition fréquente, mais peu traitée
Au total, 21 % des Français déclarent rencontrer des difficultés d’audition (lire aussi notre article). Cette proportion atteint même 37 % chez les plus de 65 ans. Pourtant, parmi ces derniers, seuls 24 % sont équipés d’un appareil auditif. Un décalage qui interroge alors que les effets de la perte auditive sur la qualité de vie et l’autonomie ne sont pas anodins.
Le prix, le principal frein à l’appareillage auditif
Même si l’efficacité des appareils auditifs est largement reconnue (92 % des Français pensent qu’ils améliorent la qualité de vie et 91 % estiment qu’il est possible de vivre normalement en étant appareillé), plusieurs obstacles continuent néanmoins de freiner leur adoption. Le coût arrive en tête des raisons évoquées (67 %), et ce malgré le 100 % santé (lire notre article). L’inconfort (43 %), la complexité des réglages (42 %) et encore des préoccupations esthétiques (31 %) sont également évoqués.
À ces freins matériels s’ajoutent des barrières symboliques. En effet, près d’un Français sur deux (49 %) affirme qu’il se sentirait « vieux » si un appareil auditif lui était prescrit.
Les Français mal informés sur les troubles de l’audition
L’enquête montre également que les Français se sentent mal informés sur le sujet. Seul un sur deux estime bien connaître les troubles de l’audition. Les jeunes adultes et les catégories populaires figurent parmi les publics les moins informés. À l’inverse, les seniors déclarent davantage maîtriser le sujet, en particulier les plus de 70 ans.
Face à ce manque d’information, les Français placent donc les troubles auditifs qu’à la sixième place des préoccupations de santé. Les cancers (73 %), les troubles de la mémoire (66 %), la perte d’autonomie (65 %), les troubles de la vue (53 %) ou encore la dépression (51 %) suscitent davantage d’inquiétude. Et pourtant, les troubles auditifs ne sont pas totalement éloignés de ces sujets. « Alors que les incidences des troubles de l’audition sur les maladies de la mémoire, la dépression, la perte d’autonomie et l’isolement sont scientifiquement démontrées, les Français n’établissent pas de liens dans leurs inquiétudes », déplore l’Association.
Un impact direct sur l’autonomie et les relations
Malgré tout, la très grande majorité des Français reconnaît le rôle essentiel de l’audition dans le maintien de l’autonomie. Ainsi, 89 % estiment qu’une bonne audition peut contribuer à retarder la perte d’autonomie.
Les aidants témoignent également des effets concrets de la perte auditive sur la vie quotidienne. Selon eux, les difficultés d’audition affectent la qualité des échanges dans 88 % des cas. Ils dégradent aussi la qualité de vie de leurs proches, dans 85 % des situations. Elles réduisent aussi l’autonomie (79 %), altèrent le moral (78 %) et fragilisent parfois les relations familiales elles-mêmes (74 %).
Bien entendre pour bien vieillir
Pour l’ANA, « une bonne audition constitue un levier majeur du bien vieillir ». Celle-ci appelle donc à renforcer la mobilisation autour de la santé auditive. Elle annonce également le lancement d’un plan national « Audition & Grand Âge » pour la période 2026-2028. L’objectif est notamment de mieux informer la population, de faciliter le dépistage précoce (lire aussi notre article) et d’accompagner les aidants dans la détection et le suivi. Cela passe par exemple par la formation des soignants et des aidants, afin de garantir une continuité de soins.
À l’heure où la population vieillit (lire notre article), préserver l’audition apparait comme un levier essentiel pour maintenir le lien social et la dignité des aînés.

