Fin de vie : s’informer et oser en parler
La fin de vie est un sujet sensible et difficile. Il soulève des questions à la fois d’ordre intime et sociétal. Alors que la France s’interroge sur l’évolution de la loi qui l’encadre, il apparaît plus que jamais important de revenir sur les définitions des termes essentiels ainsi que sur les dispositifs et les mesures d’accompagnement actuellement en place pour les patients concernés, leurs aidants et leur entourage. Autant de préalables nécessaires pour réfléchir à ses propres volontés, ouvrir le dialogue avec ses proches et pouvoir échanger plus sereinement.
Dossier rédigé par Léa Vandeputte
Les mots pour le dire : comprendre les notions clés
Parler de la fin de vie, c’est d’abord maîtriser le vocabulaire pour mieux appréhender ce sujet complexe et délicat. Cette première étape est indispensable pour échanger paisiblement. La fin de vie désigne la période qui précède le décès d’une personne en phase avancée ou terminale d’une affection grave et incurable qu’elle qu’en soit la cause. Il s’agit d’un épisode de vie à part entière qui peut être plus ou moins long selon les situations, mais qui nécessite un accompagnement adapté. Il est donc important d’y penser et de le préparer, autant que possible.
Les soins palliatifs visent à maintenir la qualité de vie des patients atteints d’une maladie grave. Leur objectif est de prévenir et de soulager la douleur physique comme la souffrance psychique.
Le patient a le droit de refuser ou interrompre un traitement ou un acte médical, depuis la loi Kouchner du 4 mars 2002, qu’ils soient à visée diagnostique, curative, préventive ou palliative. Le médecin est tenu de respecter cette décision mais doit tout de même l’informer des conséquences de ce choix.
On parle d’obstination déraisonnable quand les traitements ou les actes médicaux sont poursuivis alors qu’ils sont considérés comme inutiles, disproportionnés, ou quand ils n’ont d’autre effet que le seul maintien artificiel de la vie. Depuis la loi Leonetti du 22 avril 2005, le médecin doit s’en abstenir. De son côté, le patient a le droit de refuser tout traitement ou acte médical qu’il estime inutile ou disproportionné.
La sédation profonde et continue maintenue jusqu’au décès est introduite par la loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016. Elle consiste à endormir profondément une personne atteinte d’une maladie grave et incurable et dont le pronostic vital est engagé à court terme. Elle permet de soulager ou prévenir une souffrance réfractaire (c’est-à-dire un échec des thérapeutiques). Elle est associée à une analgésie et à l’arrêt des traitements de maintien en vie. Elle peut être mise en œuvre, sous conditions, à la demande du patient ou sur proposition médicale. Dans tous les cas, la décision est prise, à l’issue d’une procédure collégiale, par le médecin référent.
L’aide active à mourir est, pour l’heure, interdite en France (lire aussi ci-contre). Elle désigne les actes ayant pour finalité de provoquer la mort d’une personne, à sa demande, lorsqu’elle est atteinte d’une maladie grave et incurable, en phase avancée ou terminale. Elle regroupe l’euthanasie – où le médecin administre la substance légale – et le suicide assisté – où le médecin la prescrit et la personne l’absorbe elle-même.
Vers une évolution de la loi ?
Deux propositions de loi, l’une sur l’accès aux soins palliatifs, l’autre relative au droit à l’aide à mourir, sont en cours d’examen par le Parlement. Les deux chambres ne se sont pas mises d’accord lors de la première lecture. La seconde lecture a débuté par l’adoption des deux textes, le 25 février, par l’Assemblée nationale. Ils seront ensuite à nouveau examinés par le Sénat en avril. En cas de désaccord, une commission mixte paritaire se réunirait. Si elle échouait à concilier les points de vue, une nouvelle lecture serait alors organisée. Le gouvernement pourrait ensuite donner le dernier mot à l’Assemblée.
À l’heure où nous écrivons ces lignes, voici ce que prévoient les deux propositions de loi. Celle sur les soins palliatifs a pour objectif d’offrir « une prise en charge globale et de proximité de la personne malade et de ses proches, dans un délai compatible avec son état de santé, afin de préserver sa dignité, son autonomie, sa qualité de vie et son bien-être ». Le texte créé ainsi des « maisons d’accompagnement », intermédiaires entre l’hôpital et le domicile. En revanche, l’instauration d’un droit opposable à l’accompagnement et aux soins palliatifs a été abandonné.
La seconde proposition de loi institue un droit à l’aide à mourir. Celui-ci consiste à autoriser un malade majeur, en souffrance et condamné par une affection grave à recourir à un produit létal, à sa demande. Le patient devra se l’administrer lui-même (sauf s’il en est incapable physiquement, auquel cas il pourra solliciter l’aide d’un soignant). Une procédure stricte est définie avec notamment des critères d’éligibilité et un délai de réflexion à respecter. Le texte crée également un délit d’entrave à l’aide à mourir ainsi qu’un délit d’incitation à y recourir.
Les attentes des Français à la loupe
Seulement 40 % des Français ont réfléchi à leurs préférences pour leur fin de vie, selon les résultats de l’Observatoire de la fin de vie 2025 réalisé par Ipsos BVA pour le Centre national fin de vie et soins palliatifs. Ce taux n’a pas progressé depuis 2022. D’ailleurs, à peine un sondé sur deux se dit bien informé sur les droits etdispositifs en vigueur. Toutefois, ces derniers souhaitent avant tout être soulagés de la douleur et entourés par leurs proches. Interrogés sur les lois actuelles, les Français sont partagés : 44 % estiment qu’elles ne garantissent pas le respect de leurs volontés et préférences, 41 % pensent le contraire et 15 % ne se prononcent pas. L’insatisfaction est corrélée à la fois au niveau de connaissance – les personnes très bien informées sont les plus critiques – ainsi qu’à l’expérience récente – celles qui ont été confrontées au cours des douze derniers mois à la fin de vie d’un proche sont plus sévères. Parmi les éléments de désaccord avancés,on retrouve : un sentiment d’inadéquation du cadre légal actuel(63 %), l’absence d’autorisation de l’aide à mourir en France (28 %), ou encore le fait de ne pas pouvoir choisir le moment ou la manière de mourir (16 %).
Être aidant d’une personne en fin de vie
Les aidants jouent un rôle essentiel aux côtés des personnes en fin de vie. Ils les accompagnent et leur apportent une écoute, une présence et un soutien indispensable. Qu’ils soient un membre de la famille, un ami ou un voisin, ils veillent au bien-être de leur proche et au respect de ses souhaits.
Mais, cet accompagnement peut s’avérer éprouvant, tant sur le plan psychique que physique. Les derniers moments de la vie sont souvent intenses et en mesure de provoquer de la fatigue, un épuisement. Il est donc capital de penser aussi à soi. Oser solliciter de l’aide, auprès d’autres proches ou de professionnels, est également nécessaire. Les associations de malades (France Alzheimer, France Parkinson, La Ligue contre le cancer…), ou celles dédiées aux aidants (Association française des aidants, Jeunes aidants ensemble…) offrent par ailleurs un soutien précieux pour partager ses difficultés et trouver des solutions adaptées.
Cet accompagnement peut également s’avérer utile après le décès de la personne accompagnée. Le deuil constituant bien sûr une étape délicate. En somme, vivre avec un proche en fin de vie demande de trouver un équilibre entre son dévouement et la préservation de son propre bien-être car ce dernier est indissociable de celui de la personne aidée.
Désigner sa personne de confiance
La personne de confiance est chargée de témoigner, auprès des soignants, de la parole et des volontés du patient majeur, si celui-ci n’est plus en mesure de s’exprimer. Il peut s’agir d’un parent, d’un proche, d’un médecin ou d’un autre professionnel. Il suffit de remplir un formulaire* ou d’écrire sur papier libre ses coordonnées, de signer et de l’enregistrer sur son Espace santé et/ou d’en informer ses proches ou son médecin traitant.
* Disponible sur service-public.gouv.fr.
L’accompagnement par les soins palliatifs

« Les soins palliatifs sont une approche pour améliorer la qualité de vie des patients (adultes et enfants) et de leur famille, confrontés aux problèmes liés à des maladies potentiellement mortelles, explique l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur son site. Ils préviennent et soulagent les souffrances grâce à la reconnaissance précoce, l’évaluation correcte et le traitement de la douleur et des autres problèmes, qu’ils soient d’ordre physique, psychosocial ou spirituel. »
Les soins palliatifs ne remplacent pas les soins curatifs qui, eux, visent à guérir. Ils viennent les compléter, quand le patient traverse une phase critique de la maladie. Ils peuvent également s’y substituer, si les soins curatifs n’améliorent plus l’état du malade ou si celui-ci est en fin de vie.
Ils sont en mesure d’être dispensés, par une équipe pluridisciplinaire, à l’hôpital, en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) comme à domicile. L’offre s’adapte aux besoins de la personne malade. Concrètement, les professionnels lui consacrent du temps et sont à l’écoute de ses demandes. Leur mission est de veiller à son bien-être et à son confort. Cela passe bien sûr par la prise en charge des symptômes, grâce à des soins médicaux, mais aussi par un accompagnement plus global. Dans ce cadre, le patient peut se voir proposé des traitements pour mieux dormir ou se détendre, l’aide d’un psychologue ou d’une assistante sociale, un accompagnement religieux, des massages, de la musique, des soins esthétiques, la présence de l’entourage, de l’animal de compagnie ou de bénévoles… Ses proches sont, de leurs côtés aussi, entourés par l’équipe qui prend le temps d’échanger et de présenter les différentes aides auxquelles ils peuvent avoir accès (aide à domicile, au moment du décès, etc.). Cette prise en charge complète apporte un soutien au patient et à sa famille afin de mieux vivre une période difficile de la maladie ou une fin de vie.
Interview

Sarah Dauchy est psychiatre et présidente du Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie (CNSPFV)
Pourquoi est-il si difficile d’aborder le sujet de la fin de vie, que ce soit avec ses proches ou avec les professionnels de santé ?
Pour les proches, il y a la peur de blesser l’autre, d’aborder un sujet qui va mettre mal à l’aise. Certaines personnes n’osent pas parler de la non-guérison avec un être cher en fin de vie parce qu’elles pensent que ce dernier risque de s’effondrer ou de « baisser les bras ». Elles estiment qu’elles doivent au contraire se montrer positives pour l’aider à garder le moral. Mais, il est important d’échanger pour savoir ce que l’autre souhaite, se préparer et lui permettre de parler aussi. Du côté des médecins, certains craignent de ne pas réussir à mener cette discussion. La fin de vie peut aussi leur apparaître comme un échec médical. Pourtant, en parler est un soin en soi. Cela fait aussi partie du devoir d’information envers le patient.
Comment le CNSPFV accompagne-t-il les différents acteurs dans cette démarche de dialogue ?
Nous avons une mission d’information et nous sommes un centre de référence pour la population. Nous mettons à disposition des outils explicatifs (brochures, guides…) sur les droits et la loi en vigueur, ainsi que des ressources pour permettre à chacun de trouver des associations, connaître les aides sociales disponibles, géolocaliser des structures… En parallèle, nous répondons, via notre plateforme d’information sur le site parlons-fin-de-vie.fr, aux questions que l’on nous envoie. Notre objectif est de réussir à faire changer la perception de la fin de vie. Elle est une période de la vie que nous allons tous vivre et qu’il est important d’anticiper.
Quels conseils donneriez-vous à une personne qui souhaite lancer la conversation ?
Il faut tout d’abord essayer de savoir ce que connaît le proche de sa situation et s’il veut en parler, s’il est prêt. En fonction de sa réponse, des portes vont peut-être s’ouvrir. Ensuite, il est possible de l’interroger sur ses attentes, en mettant en avant l’incertitude : « Si jamais ton état se détériorait, comment imaginerais-tu la suite ? ». Le fait d’aborder les possibilités est moins frontal et permet de limiter les mécanismes de défense, comme le déni. Prévoir ce qui pourrait advenir, c’est aussi s’assurer que sa fin de vie corresponde à ce que l’on veut, à ses valeurs et qu’elle se déroule plus sereinement. C’est pour cela aussi qu’il est important de désigner sa personne de confiance, d’échanger avec elle, et de rédiger ses directives anticipées.
Faire part de ses directives anticipées

Les directives anticipées sont destinées à recueillir les volontés du patient, notamment sur sa fin de vie, dans le cas où il ne peut plus s’exprimer. Elles lui permettent de mentionner ses attentes, ses craintes ou encore ses limites concernant le recours à l’assistance respiratoire, la réanimation, la nutrition ou l’hydratation artificielle… Elles sont révocables ou modifiables à tout moment. Le document, rédigé sur papier libre ou via un formulaire*, doit être transmis à sa personne de confiance, si elle a été désignée, ou à des proches. Il peut aussi être conservé par le médecin ou sur l’Espace santé.
* Téléchargeable sur sante.gouv.fr

