Citoyens et soignants réfléchissent à l’avenir de notre système de santé
La Fédération nationale de la Mutualité Française a dévoilé les résultats de la grande consultation citoyenne lancée dans le cadre des États généraux de la santé et de la protection sociale. Si l’attachement à un système solidaire demeure, des évolutions sont néanmoins nécessaires pour garantir un système durable et efficace.
Le 10 mars dernier, Séverine Salgado, directrice générale de la Mutualité Française, a présenté les principaux résultats de la consultation citoyenne, première étape des États généraux de la santé et de la protection sociale. Elle s’est tenue en ligne, entre le 17 novembre 2025 et le 17 février 2026. Dévoilés par le président de la Fédération nationale de la Mutualité Française (FNMF) Éric Chenut lors du congrès en juin 2025 (lire notre article), les États généraux ont officiellement été lancés en novembre dernier. Citoyens et professionnels de santé ont ainsi pu partager librement leur vision et leurs attentes en ce qui concerne l’avenir de notre système de santé et de protection sociale.
Une mobilisation forte
76 873 personnes (64 140 citoyens et 12 723 professionnels de santé) ont participé à la consultation en ligne. « La très forte participation enregistrée lors de cette consultation révèle un corps social — citoyens comme professionnels — manifestant une volonté de s’impliquer dans l’avenir de la santé et de la protection sociale lorsque son avis est sollicité », se réjouit la FNMF.
Du côté des répondants citoyens, les 65-79 ans sont les plus représentés, à 41 %. Chez les professionnels de santé, la majorité (37 %) exerce en profession libérale. 27 % sont des salariés du privé et 21 % du public.
Au total, plus de 2,2 millions de réponses et 400 000 contributions écrites ont été recueillies.
Des priorités partagées
Premier enseignement : les citoyens et les professionnels de santé sont plutôt alignés sur les priorités à apporter à notre système de santé. Chaque groupe classe ainsi dans son Top 3 deux items majeurs : la réduction du délai d’attente pour consulter un médecin, et l’accès aux soins. Et pour cause : « 53 % des citoyens déclarent avoir des difficultés pour trouver un professionnel de santé et engendre une véritable source d’inquiétude pour les patients sans médecin traitant » souligne la Fédération.
Dans le détail, pour les citoyens, la réduction des délais d’attente arrive en tête des préoccupations, à 53 %. L’accès aux soins de qualité pour tous se situe en deuxième place à 50 %. S’ensuit enfin la réduction du déficit de la Sécurité sociale, pour 30 % des réponses.
Pour les professionnels, l’accès aux soins de qualité pour tous et l’attractivité et la revalorisation des métiers se dressent en tête, à ex æquo à 47 %. De fait, la dégradation des conditions de travail est largement partagée par les soignants. Ils citent notamment le manque de moyens humains et financiers, la lourdeur administrative et l’absence de reconnaissance. La réduction des délais d’attente se place quant à elle en troisième position, pour 43 % des répondants.
Conserver un système de santé solidaire
Pour autant, l’attachement au modèle de protection sociale demeure, tant chez les citoyens que chez les professionnels (respectivement pour 93 et 90 % des participants). À ce titre, la solidarité et l’égalité constituent des piliers majeurs. Et même si la majorité rejette la financiarisation du système, ils reconnaissent néanmoins que ce dernier doit évoluer s’il veut perdurer.
Optimiser l’organisation de notre système de santé
Pour rendre le système de santé et de protection sociale plus efficace, citoyens et professionnels préconisent sa simplification.
Pour cela, trois propositions se détachent. D’abord le partage et la mise à jour du dossier médical des patients. Ensuite, le renforcement du partage de compétences entre professions de santé. Enfin, ils suggèrent la priorisation, à l’hôpital, d’actes complexes pour désengorger les urgences. Certaines soumettent aussi de simplifier et réduire les tâches administratives, afin de libérer du temps aux soignants.
Une nécessité de maîtriser les dépenses
Pour garantir la viabilité et l’équilibre financier de notre système de santé et de protection sociale, la majorité des citoyens (74 %) comme des professionnels (63 %) estiment la maîtrise des dépenses indispensable.
À ce titre, les participants proposent cinq mesures concrètes. Ils veulent notamment mieux contrôler les fraudes et souhaitent rendre visible le coût réel des soins. Ils proposent aussi de vendre les médicaments à l’unité. Le renforcement de la prévention et un durcissement des contrôles des arrêts maladie sont aussi des solutions mises en avant.
De l’importance de la prévention
Les répondants souhaitent également sortir d’un modèle curatif. L’objectif est donc de mettre davantage l’accent sur la prévention.
Les professionnels considèrent ainsi qu’il est essentiel de faire la promotion de l’activité physique (22 %), de la santé mentale (14 %) et d’une alimentation saine et durable (12 %). Par ailleurs, ils défendent la mise en place de consultations et de conseils individualisés dédiés à la prévention. Ils recommandent aussi le développement d’une éducation thérapeutique et la réalisation d’un bilan personnalisé (bilan médical, suivi régulier). D’autres pistes sont évoquées, comme le déploiement d’actions d’information à l’école et la réalisation de dépistages systématiques.
La santé mentale et l’autonomie : des préoccupations majeures
La santé mentale est le domaine qui a suscité le plus de réponses, surtout parmi les jeunes et les femmes. Les 15-29 ans plaident alors pour un meilleur accès aux spécialistes et le remboursement des consultations. Les 30-44 ans l’abordent plutôt à travers le prisme professionnel, comme une condition au bien-être au travail. Tous soulignent cependant l’importance de l’information, de la prévention et de la déstigmatisation. Cette mobilisation montre une sensibilisation croissante et illustre que la santé mentale nous concerne tous.
La perte d’autonomie est aussi un sujet principal. 73 % des citoyens se disent peu ou pas préparés. « Une majorité se prononce en faveur d’une couverture prévoyance obligatoire (68 % des citoyens, 74 % des professionnels), signe d’une compréhension et d’une volonté d’anticipation collective », observe la FNMF.
Peser dans le débat public
Les États généraux de la santé et de la protection sociale sont soutenus par plus de 50 organisations issues de la société civile. Ce processus participatif invite les citoyens et les professionnels de santé, mais aussi les syndicats, les associations, et les institutions à repenser notre système de santé. L’objectif étant de faire émerger des solutions concrètes pour inventer un nouveau modèle solidaire, soutenable et juste. Ces conclusions, sont actuellement compilées et analysées. Elles seront ensuite étudiées lors d’ateliers participatifs jusqu’au mois de juin. L’objectif est ensuite d’aboutir à des solutions adaptées pour alimenter les débats de la présidentielle de 2027.

