Tatouage : les encres sous surveillance
En France, les trois quarts des encres de tatouage contrôlées entre 2023 et 2025 ne respectent pas la réglementation. Risque d’allergies, présence de métaux lourds, défaut d’étiquetage… Autant de non-conformités qui peuvent peser sur la santé des consommateurs.
Le tatouage est une pratique très répandue mais qui n’est pas sans risques. Une enquête menée par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) entre septembre 2023 et janvier 2025 fait état d’un constat alarmant. Ainsi, 75 % des encres testées ne sont pas conformes aux exigences européennes et françaises.
Des étiquettes trop souvent incomplètes
Le principal problème est lié à des défauts d’étiquetage. Sur les 34 encres analysées, la moitié ne mentionne pas correctement la présence de substances sensibilisantes. Or, ces dernières peuvent provoquer des allergies. De plus, 43 % des produits omettent totalement ou partiellement la liste des ingrédients. Les conservateurs, les agents parfumants ou les allergènes n’y apparaissent alors pas.
Autre manquement : 11 % des encres de tatouage ne permettent pas d’assurer la traçabilité des lots. Cet élément est pourtant crucial en cas de rappel ou de problème sanitaire. Enfin, 32 % des produits ne comportent même pas de consignes de sécurité rédigées en français, alors que ces mentions sont obligatoires.
« L’absence d’information sur les allergènes ou les métaux présents dans l’encre peut entraîner des réactions sévères chez certains consommateurs, précise la DGCCRF. Les obligations d’étiquetage constituent donc un élément déterminant dans la sécurité des pratiques de tatouage. »
Métaux lourds et absence de stérilité : des risques sous-estimés
En plus des problèmes d’étiquetage, l’enquête de la DGCCRF a mis en lumière des dépassements des limites réglementaires pour certaines substances. Il s’agit des métaux lourds comme le nickel, le plomb, le cobalt, le cuivre ou l’arsenic. Six encres de tatouage contrôlées en contenaient. Une fois injectées sous la peau, elles sont en mesure de provoquer des allergies ou des lésions.
Mais le plus inquiétant reste la découverte de deux encres non stériles, qui peuvent engendrer des infections. Cela constitue d’ailleurs une violation du Code de la santé publique. La DGCCRF et le Syndicat national des artistes tatoueurs (Snat) ont immédiatement alerté les professionnels pour éviter leur utilisation.
La confusion avec les encres de tatouage « d’entraînement »
La Direction révèle également que certaines plateformes commercialisent des encres dites d’entraînement, censées être réservées aux peaux synthétiques. Elles sont exemptées de suivre le règlement européen Reach (pour Registration, Evaluation, Authorization and restriction of Chemicals) qui encadre l’utilisation des substances chimiques.
Toutefois, les contrôles montrent que la méprise est aisée. Les gammes de couleurs sont, en effet, identiques à celles des encres destinées aux tatouages réels. Le conditionnement est similaire, rendant la distinction difficile pour le consommateur. Enfin, certaines mentions contradictoires, comme « stérile », sont apposées alors que ces articles ne sont pas conçus pour l’épiderme.
« Ces pratiques qui entretiennent la confusion, peuvent conduire à l’utilisation de produits non conformes sur la peau humaine », estime la répression des fraudes.
Des alertes au niveau français et européen
Face à ces constats, les autorités ont réagi. Entre septembre 2023 et octobre 2024, 14 campagnes de retrait ou de rappel ont été publiées sur Rappel.conso.gouv.fr pour des encres non conformes. La DGCCRF a également émis quatre notifications sur la plateforme Safety Gate de la Commission européenne, concernant des problèmes d’inflammabilité ou de composition. Neuf alertes en provenance d’autres États membres ont aussi conduit au retrait de plus de 100 flacons du marché.
En parallèle, une opération européenne, pilotée par les Pays-Bas, a permis d’analyser 52 encres. Résultat : 52 % présentaient une composition non conforme, 19 % un étiquetage défaillant, et 4 produits n’étaient pas stériles.
Contrôler et informer
Force est de constater que la conformité des encres de tatouage reste insuffisante. La DGCCRF appelle donc à une vigilance renforcée. Elle annonce d’ailleurs qu’elle « poursuivra ses actions pour garantir la sécurité des consommateurs, accompagner les professionnels et assurer la loyauté du marché dans un secteur en pleine évolution ».
En attendant, les amateurs de tatouage sont invités à choisir un professionnel qui dispose d’une déclaration d’activité délivrée par une agence régionale de santé (ARS). Il est bien entendu tenu d’être attentif au respect des règles d’hygiène. Enfin, le consommateur a la possibilité d’échanger avec le tatoueur sur le type d’encre qu’il utilise.
Le tatouage est un art, mais il ne doit pas être réalisé au détriment de la santé (lire aussi notre article).

