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Nos pieds, miroir discret de notre santé

Les pieds sont des révélateurs silencieux de l’état de santé. Troubles posturaux, diabète, polyarthrite, cancer… La prise en charge podologique s’intègre dans le parcours de soins de nombreuses pathologies.

Dans bon nombre de maladies, les pieds sont en première ligne : ils peuvent souffrir, s’adapter, mais aussi contribuer à l’amélioration fonctionnelle. Il revient alors au pédicure-podologue de prendre en charge les patients présentant un risque podologique élevé. Par exemple, une complication fréquente et grave est le pied diabétique : en France, près de 10 000 amputations par an sont liées à des plaies du pied chez des personnes atteintes de diabète. « Trois mécanismes expliquent ces complications, analyse Muriel Montenvert, pédicure-podologue et présidente de l’Union française pour la santé du pied (UFSP). L’atteinte de la rétine par la maladie (rétinopathie) diminue la vision et augmente le risque de se blesser (coupure, etc.). Ensuite, le rétrécissement progressif des artères lié à l’athérosclérose (artérite) réduit la circulation et ralentit la cicatrisation. Enfin, la neuropathie provoque une perte de sensibilité : une blessure peut passer inaperçue et s’aggraver sans surveillance. » La prévention repose sur une inspection régulière des pieds et une prise en charge rapide (bilan annuel et plusieurs séances pris en charge par l’Assurance maladie). En cas de plaie, le traitement consiste à enlever les tissus morts, désinfecter, puis protéger avec des pansements de décharge, des semelles ou des orthoplasties (dispositifs souples sur mesure) afin de limiter les pressions et les frottements.

L’impact des traitements oncologiques

Le cancer est un autre exemple où les pieds souffrent particulièrement, à cause d’un effet secondaire de certaines chimiothérapies appelé « syndrome main-pied ». « C’est une réaction inflammatoire liée à une fragilisation des microvaisseaux des extrémités qui rend la peau plus sensible, indique la pédicure-podologue. Les premiers signes apparaissent progressivement : rougeur, chaleur, fourmillements, brûlures, avec une sensibilité modifiée au niveau de la peau mais aussi des ongles. Les pieds sont souvent plus douloureux en raison du frottement causé par le port prolongé de chaussures ». Pour limiter ces effets, il faut hydrater régulièrement la peau et couper correctement les ongles. Le pédicure-podologue peut intervenir en prévention et en soin pour soulager la douleur et limiter les complications. Des séances sont prises en charge.

Corriger des appuis à tout âge

Dans la polyarthrite, cette maladie inflammatoire des articulations et du cartilage, les pieds et les mains subissent des déformations avec le temps, ce qui modifie les appuis, crée des zones de pression excessive, d’où des douleurs à la marche. Le pédicure-podologue intervient pour adapter ces appuis et aussi soulager les contraintes. Des semelles orthopédiques, réalisées sur mesure, limitent les zones douloureuses, corrigent les déséquilibres et améliorent le confort.

Chez l’enfant également, le pédicure-podologue peut jouer un rôle, notamment dans le cadre des troubles posturaux, comme certaines scolioses ou déséquilibres de croissance. En cas de suspicion, l’enfant est orienté vers un médecin ou un orthopédiste pour des examens complémentaires et une prise en charge adaptée (kinésithérapie, corset). « Comme les appuis au sol influencent la posture globale, ajoute Muriel Montenvert, leur correction peut améliorer l’alignement du corps. Les semelles sur mesure permettent ainsi de rééquilibrer les appuis, soutenir la posture et accompagner la croissance en limitant les déséquilibres. »

Hélène Joubert


À lire : Des pieds en bonne santé, Muriel Montenvert, éditions Leduc, 272 p., 18 €, 2026.