Les personnes qui souffrent de diabète ont un risque important de complications au niveau des pieds. La prévention est donc capitale.

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Diabète : prévenir les complications podologiques

Les personnes qui souffrent de diabète ont un risque important de complications au niveau des pieds. Or, on observe en France une augmentation des hospitalisations pour des plaies podologiques. Renforcer la prévention et améliorer la prise en charge constituent donc deux enjeux majeurs.

En France, les complications podologiques liées au diabète connaissent une hausse alarmante. C’est ce qui ressort du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de Santé publique France, publié le 17 février. Ainsi, entre 2012 et 2022, l’incidence des hospitalisations pour des plaies au niveau des pieds a progressé. Elle est passée de 692 à 1 006 cas pour 100 000 personnes chez les hommes, et de 452 à 538 pour 100 000 chez les femmes. Dans le même temps, le taux d’amputation est resté stable. Il est de 336 pour 100 000 chez les hommes et de 115 pour 100 000 chez les femmes.

Les diabétiques ont des pieds fragiles

Les personnes concernées par le diabète ont, en effet, plus de risque de développer des blessures au niveau des pieds. Ces complications sont dues à une atteinte des nerfs ou des artères des membres inférieurs, qui survient progressivement et qui s’aggrave avec l’âge. « Elles sont aussi favorisées par une diminution de la sensibilité au niveau des pieds », précise l’Assurance maladie sur son site. Une petite plaie, causée par le frottement de la chaussure par exemple, est à même de passer inaperçue. Le danger est alors qu’une infection s’étende. Et si celle-ci n’est pas prise en charge assez rapidement, elle peut s’aggraver au point de nécessiter une amputation.

Soigner plus efficacement les malades

L’augmentation des hospitalisations « traduit le fait que les prises en charge sont défaillantes pour prévenir les plaies chez ces personnes à risque », estime la professeure Agnès Hartemann, endocrinologue à l’Assistance publique – hôpitaux de Paris (AP-HP), dans l’éditorial du BEH. Les patients n’ont pas toujours accès à un dépistage, aux bons professionnels (podologues ou podo-orthésistes), et à des semelles ou des chaussures adaptées.

En revanche, la stabilité du taux d’amputation est la preuve que les soins sont suffisamment précoces et efficaces. « Cependant, [ce taux] est beaucoup plus bas dans d’autres pays européens (Belgique, Suède, Italie, Allemagne…), ajoute l’endocrinologue. Notre système de soins n’est donc pas organisé de manière assez efficace pour prévenir cette complication. »

Des inégalités sociales et territoriales persistantes

Une réorganisation rendue d’autant plus nécessaire que les inégalités territoriales sont frappantes. Les départements et régions d’outre-mer, la Bretagne et les Hauts-de-France enregistrent des taux d’amputations supérieurs à la moyenne nationale. Ces disparités s’expliquent notamment par un manque de professionnels de proximité, accentuée par la pénurie de médecins généralistes (lire notre article). De plus, les centres experts sont moins présents, organisés ou visibles dans ces territoires. Tous ces facteurs rendent, de fait, l’accès aux soins plus difficile.

Un obstacle financier

Par ailleurs, il existe un lien direct avec le niveau socio-économique des malades. « L’incidence d’amputation est 44 % plus élevée chez les personnes résidant dans les communes les plus défavorisées », indique le BEH.

Le reste à charge pour le chaussage thérapeutique représente ainsi un frein. Et ce, alors que le diabète fait partie des affections de longue durée (ALD) exonérantes.

La méconnaissance du forfait de podologie constitue un autre obstacle. Il s’agit d’un rendez-vous annuel de prévention, pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie pour les personnes diabétiques. Mais, seuls 5 à 20 % des patients en bénéficie, un chiffre qui n’a pas évolué depuis 2007. « Il est possible aussi que les patients craignent, en se rendant chez le podologue – où les frais sont généralement avancés –, que les franchises encore dues pour l’année leur soient prélevées lors de cette consultation », considère la professeure Hartemann. Ces franchises médicales, qui s’appliquent sur les médicaments, les actes paramédicaux et les transports, sont en effet déduites des remboursements (lire notre article).

L’effet psychosocial des complications du diabète

Enfin, les complications podologiques du diabète ont aussi un impact psychosocial majeur. Les patients concernés font face à une baisse de l’estime de soi, à un isolement social ou encore à une perte d’autonomie. Le tout contribue à les exposer à la dépression.

De leur côté, les proches ne sont pas épargnés. La réduction des interactions sociales et la charge mentale accrue transforment leur quotidien. Une reconfiguration de l’organisation domestique s’impose alors. Et elle est souvent plus lourde pour les femmes qui en assument la plus grande part.

Se mobiliser pour prévenir et guérir

Une mobilisation est donc indispensable pour combler les failles du système de soin en la matière. Cela permettra d’améliorer la prévention et la prise en charge des personnes qui souffrent d’un diabète.

En attendant, il est leur est recommandé de surveiller leurs pieds tous les jours. Elles sont également encouragées à se faire examiner au moins une fois par an par leur médecin traitant et à le consulter au moindre problème.