Études et travail des jeunes : les effets du Covid-19 se font toujours sentir
La pandémie de 2020 a marqué durablement la vie de la jeune génération. Une nouvelle étude confirme son impact sur les trajectoires éducatives et professionnelles.
Plusieurs années après le début de l’épidémie de Covid-19, les jeunes paient encore le prix de la crise sanitaire. En plus d’avoir eu un impact sur leur santé mentale (lire notre article), cet événement mondial a aussi bouleversé leurs parcours. C’est ce que démontre une étude de la chaire « Covid-19 et éducation » publiée le 8 janvier, portée par l’Institut national des études démographiques (Ined) et financée par la Région Île-de-France. Celle-ci s’est appuyée, à la fois, sur des données françaises et italiennes. « Ensemble, ces travaux permettent de mieux comprendre comment un choc sanitaire et les réponses publiques qui l’ont accompagné ont reconfiguré, parfois durablement, les parcours des jeunes générations », précise l’institut.
Un apprentissage perturbé
En Italie, les fermetures d’écoles et le basculement vers l’enseignement à distance au printemps 2020 ont laissé des traces. Les élèves du primaire et du collège exposés à ces perturbations ont pris du retard en lecture et en mathématiques. Deux ans après la crise, ce décalage était encore visible.
De plus, les chercheurs ont observé que les performances des filles en lecture ont été particulièrement affectées. Ils ont également constaté des écarts entre les territoires en fonction de la capacité des établissements à s’adapter au numérique. « […] une part importante des enseignants n’a pas pu mettre en place rapidement des cours en ligne, en particulier dans les établissements les moins structurés sur le plan du pilotage numérique, limitant de fait l’accès des élèves à une continuité pédagogique effective », ajoute l’Ined.
Orientation post-bac : des jeunes plus prudents
En France, les lycéens de terminale ont revu leurs choix d’orientation avec la pandémie. Les données de Parcoursup révèlent une hausse des candidatures vers les filières sélectives et structurées aux dépens des études plus générales ou professionnalisantes. « Dans un contexte d’incertitude accrue, les classes préparatoires ont pu être perçues par les candidats et leurs familles comme des parcours plus sécurisants à long terme, du fait de leur encadrement renforcé et de leurs débouchés identifiés, considère l’Ined. À l’inverse, les licences générales, plus ouvertes et moins structurées, ont pu apparaître comme plus risquées face à un environnement dégradé. »
Les filières scientifiques et techniques, souvent associées à une meilleure employabilité, ont également gagné en popularité. Mais ce recentrage vers des parcours « plus sûrs » n’est pas sans conséquences. Il accentue en effet les inégalités sociales. Les formations les plus sélectives restent ainsi souvent inaccessibles aux profils les moins favorisés.
Un risque de décrochage universitaire plus important
Par ailleurs, la fermeture des campus et les confinements successifs ont eu un impact direct sur la persévérance des étudiants français. En 2020-2021, l’abandon en première et deuxième année a progressé de 3,7 %. Ce taux équivaut à une décennie de baisse tendancielle. Les hommes, les étudiants étrangers et ceux inscrits en économie gestion ou en lettres et arts ont été les plus touchés.
Les politiques locales de confinement ont aussi joué un rôle. Dans les départements les plus affectés par l’épidémie, le décrochage a progressé de 3,8 %.
Un impact plus limité sur l’insertion professionnelle
Les jeunes sortant de formation entre 2016 et 2017 ont subi une baisse temporaire de l’emploi. La probabilité des moins 30 ans d’avoir un travail a reculé d’environ 3 % lors du premier confinement. « Cet impact reste toutefois plus limité qu’observé dans d’autres pays, suggérant un effet amortisseur des politiques publiques françaises de soutien à l’emploi », estime l’Ined.
Toutefois, les jeunes en contrats courts et les diplômés du tertiaire ont été les plus exposés. À l’inverse, ceux issus des filières de la santé « ont bénéficié d’une plus grande résilience ».
Adapter les politiques publiques
Ces résultats dessinent le portrait d’une génération confrontée à des ruptures durables. Pour les auteurs de l’étude, « ils soulignent l’importance de politiques publiques ciblées sur les moments clés des parcours ». Pour cela, ils appellent à lutter contre les pertes d’apprentissage et à piloter la politique numérique à l’école. Dans le même temps, ils préconisent de renforcer l’accompagnement de l’orientation post-bac, de prévenir le décrochage et de sécuriser les premières expériences professionnelles. « À l’heure où les systèmes éducatifs et le marché du travail restent exposés à de nouveaux chocs, ces travaux apportent des éléments essentiels pour éclairer les choix publics en matière d’éducation, de jeunesse et d’égalité des chances », concluent-ils.

