Les effets inégalitaires de la maternité sur la carrière des femmes
Le Haut conseil à l’égalité (HCE) s’est intéressé au poids de la maternité sur les parcours professionnel et économique des femmes. Dans un rapport, il dénonce « l’organisation sociale de la parentalité » et identifie plusieurs leviers pour favoriser l’égalité entre les femmes et les hommes.
Dans son dernier rapport, « Du plancher collant au plafond de mère », publié le 9 septembre, le Haut conseil à l’égalité (HCE) analyse les conséquences de la maternité sur la vie des femmes. Alors que la baisse de la natalité en France constitue un enjeu démographique majeur, le document souligne que la maternité peut aussi peser durablement sur les revenus, la carrière, l’emploi et le patrimoine des femmes, parfois avant même la naissance d’un enfant. Le HCE identifie alors plusieurs leviers pour « mettre fin à la pénalité maternelle » et contribuer à une « réelle égalité socio-économique entre les femmes et les hommes ».
La maternité, un frein à la carrière professionnelle
La maternité impacte profondément la vie professionnelle des femmes. « La naissance d’un enfant provoque une rupture durable, qui affecte les revenus, les perspectives de carrière, les conditions d’emploi, mais aussi l’autonomie financière des femmes », explique le HCE. Les salariées concernées bénéficient moins souvent d’opportunités de promotion, d’accès aux responsabilités ou de formation professionnelle. Un phénomène qu’il qualifie comme « pénalité maternelle ».
Selon le rapport, la naissance d’un enfant entraîne ainsi une baisse de 40 % du revenu salarial des mères. Les conséquences peuvent également se prolonger lors d’une séparation. L’année du divorce, le niveau de vie médian des femmes diminue de 25 %, contre 7 % pour les hommes.
Pour le Haut conseil, « ce n’est pas la maternité qui produit les inégalités, mais l’organisation sociale de la parentalité ». La pénibilité peut même intervenir en amont, lorsque la maternité, réelle, supposée ou simplement anticipée, influence implicitement la manière dont une salariée est perçue dans l’entreprise. C’est ce que le rapport nomme le « plafond de mère ».
Des inégalités structurelles entre les femmes et les hommes
À cela s’ajoute une inégalité structurelle. De manière générale, les femmes occupent plus souvent des emplois moins rémunérateurs, travaillent davantage à temps partiel et accèdent moins facilement aux perspectives d’évolution. Le HCE parle alors de « plancher collant » pour décrire ce phénomène qui maintient une partie des femmes dans les positions les moins favorisées de la hiérarchie professionnelle.
À l’autre extrémité, le traditionnel « plafond de verre » continue de limiter aux femmes l’accès aux postes de direction.
Au sein du foyer, les écarts persistent
Le rapport observe aussi une répartition encore inégale des tâches au sein du foyer. « Les femmes consacrent toujours davantage de temps que les hommes aux activités liées aux enfants, à l’organisation du foyer et au travail domestique », précise le rapport.
Cette répartition a aussi des conséquences sur la gestion de l’argent. Le HCE évoque ainsi la théorie du « pot de yaourt ». Au sein des couples, les femmes prennent plus souvent en charge les dépenses courantes et immédiatement consommées, qui passent parfois inaperçues, comme l’alimentaire. Tandis que les hommes, eux, contribuent davantage au financement de biens durables et patrimoniaux, comme le crédit du logement.
Cette différence peut sembler anodine au quotidien, mais elle participe, sur le long terme, à des écarts de constitution du patrimoine et d’autonomie financière. Les conséquences sont particulièrement visibles lors d’un divorce.
Les inégalités entre les femmes et les hommes sont encore plus évidentes pour les familles monoparentales, composées majoritairement de femmes. Lorsque les revenus professionnels diminuent et que les responsabilités familiales restent concentrées sur un seul parent, le risque de précarité augmente (lire aussi notre article)
45 recommandations pour agir
Pour réduire ces inégalités, le HCE formule 45 recommandations. Parmi elles figurent la mise en place, dans les entreprises de plus de 50 salariés, d’un suivi des trajectoires professionnelles des mères après leur retour de congé maternité, mais aussi trois et dix ans après une naissance.
Le rapport préconise également d’intégrer à l’école, au sein des programmes d’Éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (EVAR/EVARS – lire notre article), un exercice annuel de mise en situation d’un foyer fictif. L’objectif étant de déconstruire la répartition genrée du travail domestique et parental.
Il propose par ailleurs la création d’un droit au répit et au relais parental, ainsi qu’un statut administratif harmonisé pour les parents seuls afin de faciliter l’accès aux droits.
Pour le HCE, l’enjeu dépasse donc la seule question de l’égalité professionnelle. Il s’agit de permettre aux femmes de construire leur parcours de vie et leur autonomie économique sans que la maternité ne constitue un frein durable.

