La dispute, tout un art !
Inévitables dans toute relation, les querelles sont souvent vécues comme des échecs. Pourtant, elles peuvent aussi révéler des besoins non exprimés, des blessures ou des attentes déçues. Qu’est-ce qui se joue ?
Et comment apaiser les liens avec l’autre ?
La énième chaussette qui traîne dans le salon, le retard d’un ami ou les conversations bruyantes d’une collègue dans l’open space… D’un coup, le ton monte. Et une fois la tempête passée, la dispute laisse un goût amer, mêlé parfois de regret et de crainte d’avoir abîmé la relation. « Quand on aime quelqu’un, on a souvent du mal à accepter les différences. On a l’impression que pour s’entendre, il faudrait être toujours d’accord. L’idéologie du tout consensuel est dangereuse », souligne la thérapeute familiale Nicole Prieur*. Ces moments font partie des liens humains. Leur fréquence ne dit pas la qualité d’une relation : elle dépend de la manière dont ils sont gérés. Une dispute bien menée ouvre un espace d’échanges.
Au-delà de l’élément déclencheur
« La chaussette qui traîne n’est qu’un déclencheur, la pointe de l’iceberg », explique Patricia Eid, docteure en psychologie et maîtresse de conférences, dont les recherches portent sur les relations de couple. Sous la surface, ce sont nos blessures, nos croyances et nos interprétations qui s’activent. On peut alors se sentir invisible ou rejeté, même si la situation ne le justifie pas forcément.
Premier réflexe à adopter, selon les thérapeutes : une pause pour laisser retomber la pression et comprendre ses besoins, ses émotions. Qu’est-ce qui me fait réellement souffrir ? Est-ce de la tristesse, de la déception, de la peur ? On prête aussi attention aux sensations physiques : le cœur qui bat, les tensions musculaires, la voix qui monte. Puis, il est important d’exprimer son ressenti, sans accuser l’autre. On préférera « Je me sens blessé quand tu arrives trente minutes après l’heure prévue » à « Tu es toujours en retard ! » Poser des questions aide aussi à vérifier ses interprétations. En consultation, Patricia Eid observe des cycles relationnels : « Un partenaire se défend, l’autre attaque. Plus il attaque, plus son conjoint se défend. Pour les couples de longue date, toutes les disputes peuvent se ressembler. »
Des discussions pour avancer
Nicole Prieur distingue la dispute « vaine, qui revient sur le tapis » de la dispute « saine, dont on entend le message ». Celle-ci permet d’identifier ce qui fait souffrir, au-delà de l’élément déclencheur. Si la discussion débouche sur des petits changements concrets qui facilitent le quotidien, elle renforce la relation plus qu’elle ne l’use. Cette dynamique constructive a toutefois ses limites. Patricia Eid hisse le drapeau rouge : « Lorsqu’on a de la domination, du contrôle, de la peur, voire de la violence. Il est possible d’être complètement opposés dans nos opinions, mais le plus important est de rester respectueux l’un envers l’autre. » Si les conflits prennent trop d’ampleur, un psychothérapeute peut aider à identifier ce qui se joue.
Enfin, toutes les disputes ne portent pas les mêmes enjeux. Dans une famille, elles risquent d’entraîner une mise àdistance mais ne modifient pas le lien : « Même si on ne s’entend pas, on reste le fils de sa mère », rappelle Nicole Prieur. Dans le couple, les différences obligent à évoluer ensemble au quotidien. En amitié, où l’on se voit plus ponctuellement, on cherche souvent davantage à éviter les tensions. Quant au travail, les conflits sont parfois tus car ils engagent notre place dans l’entreprise.
Clémentine Delignières
* Disputez-vous bien ! Pour mieux vous entendre avec vos proches, Nicole et Bernard Prieur, Robert Laffont, 208 p., 19 €, 2025.
Penser à se reconnecter
Selon le psychologue américain John Gottman, qui a consacré plusieurs décennies à l’étude des relations conjugales, les couples les plus durables présentent environ cinq interactions positives pour une interaction négative (des gestes comme un compliment, un sourire ou une marque d’affection pouvant contrebalancer une critique, par exemple). Une fois la dispute passée, savoir se reconnecter est essentiel.

