Les infiltrations de corticoïdes, quand sont-elles utiles ?
Dans plusieurs maladies rhumatologiques, qu’elles résultent d’une inflammation ou d’une usure mécanique, les infiltrations de corticoïdes peuvent s’avérer utiles. Elles sont généralement réalisées par des rhumatologues et des médecins rééducateurs, mais aussi par des généralistes formés.
Le traitement des maladies rhumatismales commence par des médicaments destinés à soulager la douleur, des antalgiques et parfois des anti-inflammatoires par voie orale. La protection des articulations et des tendons repose sur la rééducation et l’adaptation des gestes du quotidien. Cependant, lorsque ces mesures restent insuffisantes, l’injection de corticoïdes à l’action anti-inflammatoire puissante, directement dans la zone atteinte permet d’agir de manière ciblée tout en limitant les effets généraux de ces médicaments sur l’organisme. Selon la pathologie, cette intervention vise soit à soulager immédiatement, à libérer un nerf lorsqu’il est comprimé par un œdème, ou à moduler l’inflammation locale afin de favoriser la cicatrisation d’un tendon.
Une précision : plus que par l’imagerie médicale, l’infiltration de corticoïdes se justifie avant tout par la gêne et/ou la douleur du patient. Néanmoins, une radiographie ou une échographie est réalisée pour confirmer le diagnostic et bien poser les indications des infiltrations.
Les trois principales indications
Le médecin généraliste peut réaliser lui-même les injections de corticoïdes, en suivant un protocole de stérilisation drastique, à commencer par l’indication d’arthrose, maladie articulaire qui entraîne la destruction progressive du cartilage, provoquant douleur, raideur et perte de mobilité. Lors des poussées d’arthrose, notamment au niveau du genou (gonarthrose), l’injection intra-articulaire de corticoïdes agit sur la membrane synoviale hypertrophiée et hyperactive : le tissu qui tapisse l’articulation, est épaissi et très actif dans la production de liquide synovial, un fluide qui lubrifie l’articulation, ce qui provoque gonflement et douleur. La douleur est alors soulagée.
Seconde pathologie : les tendinites rebelles, où l’infiltration ne cicatrise pas directement le tendon mais supprime l’inflammation pour permettre la réparation. L’injection se fait autour du tendon, jamais directement dans celui-ci. Le tendon doit être ménagé ou au repos après l’injection, car la disparition de la douleur ne signifie pas la guérison et le risque de rupture persiste. Toutefois, son efficacité est faible lorsque les phénomènes inflammatoires sont minimes, comme dans certaines tendinopathies du talon d’Achille ou épicondylites – inflammations des tendons qui se fixent sur la saillie osseuse du côté du coude (« tennis elbow » et « golfer’s elbow »).
Enfin, dans le syndrome du canal carpien – la compression du nerf médian au niveau du poignet dans un passage étroit et rigide appelé canal carpien – , l’infiltration, réalisée au contact du nerf mais un peu à distance pour éviter la douleur, soulage la compression en réduisant l’œdème. Cela peut même, dans de nombreux cas, éviter la chirurgie. Le port d’une orthèse nocturne pour bloquer la mobilité de la main peut être associé à l’injection. L’infiltration ne doit pas provoquer de douleur. Une réaction douloureuse dans les suites immédiates est possible, mais rare et sans gravité. Quant au risque infectieux, il est rarissime, d’environ 1 cas sur 50 000 infiltrations. En cas d’échec ou d’efficacité insuffisante, le traitement peut être envisagé de nouveau, sans dépasser trois, voire quatre infiltrations par an.
Hélène Joubert
Pour en savoir plus : https://public.larhumatologie.fr, rubriques « Infos pratiques », fiche « Les différents gestes locaux (ponctions et infiltrations) sur une articulation douloureuse ».

