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Les sapeurs-pompiers, engagés au service des autres

Protéger et secourir : telle est la mission, essentielle, des sapeurs-pompiers. Cet objectif, ils le poursuivent depuis les tout débuts de leur histoire qui s’est écriteau rythme des innovations, des événements nationaux et des catastrophes locales.

XVIIe-XVIIIe siècle : les premières pompes à incendie

Les premières pompes à incendie sont introduites en France à la toute fin du XVIIe siècle. Des systèmes de seringues pour projeter l’eau existaient déjà, mais le moyen le plus courant pour lutter contre les incendies demeurait alors les seaux d’eau. Voulant profiter de cette nouveauté venue notamment de Hollande, Louis XIV sollicite François du Mouriez du Périer. Ce dernier, comédien médiocre et homme d’affaires, obtient le privilège de les fabriquer. Il sera ensuite nommé directeur des pompes de Paris en 1716. C’est le premier corps de « gardes pompes » doté d’un uniforme et d’un drapeau.

1789 : création de la Garde nationale

C’est lors de la Révolution française, que la Garde nationale est créée. Il s’agit d’une milice armée, composée de citoyens âgés de 20 à 60 ans. Elle est destinée à maintenir l’ordre, mais aussi à porter assistance en cas de nécessité. Elle sera placée sous l’autorité des communes en 1790.

1811 : le bataillon de sapeurs-pompiers de Paris

Napoléon Ier crée le bataillon de sapeurs-pompiers de Paris, par décret impérial du 18 septembre 1811. Cette décision intervient à la suite de l’incendie meurtrier du bal de l’ambassade d’Autriche en 1810. Lors de cette fête, un feu se déclare, ce qui provoque un mouvement de panique empêchant les gardes pompes, désorganisés, d’accéder à la salle. En réaction, l’Empereur décide de constituer un nouveau corps militaire, placé sous l’autorité du préfet de police.
En 1866, le bataillon est transformé en régiment, qui deviendra ensuite une brigade en 1967.

1831 : les corps communaux de sapeurs-pompiers

Alors que la Garde nationale avait été démantelée par Charles X en 1827, la défense contre les incendies est reconstituée en 1831. On distingue alors les sapeurs-pompiers municipaux, sous la responsabilité des communes, des volontaires de la Garde nationale, sous l’autorité des militaires. Cette dernière sera définitivement dissoute en 1871. Les corps communaux de sapeurs-pompiers, eux, demeurent.

1925 : les communes s’associent

Un décret du 13 août 1925 autorise plusieurs communes, d’un même département ou de départements limitrophes, à s’associer pour entretenir un corps de sapeurs-pompiers. Auparavant, les petites communes modestes devaient demander de l’aide à leurs voisines plus importantes pour obtenir des secours. Le décret indique aussi que les sapeurs-pompiers sont des agents civils sous l’autorité du ministère de l’Intérieur, à l’exception des militaires du régiment des sapeurs-pompiers de Paris. Il précise qu’ils sont chargés« des secours, tant contre les incendies que contre les périls ou accidents de toutes natures menaçant la sécurité publique ».

1939 : le bataillon de marins-pompiers de Marseille

Le 29 juillet 1939, un décret marque la création du bataillon de marins-pompiers de Marseille. Avec la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, ce sont, encore aujourd’hui, les seules unités militaires de sapeurs-pompiers. Son instauration se fait, comme pour Paris, à la suite d’une catastrophe. Le 28 octobre 1938, un incendie se déclare au grand magasin « Les nouvelles galeries », situé sur la Canebière, juste en face de l’hôtel où les principaux membres du gouvernement d’alors sont réunis pour un congrès. Les sapeurs-pompiers interviennent, mais sont gênés par les curieux, mal équipés et désorganisés. Aidés par les marins-pompiers de Toulon, ils réussiront finalement à atteindre le feu. Toutefois, 75 morts et plus de 150 blessés seront déplorés.

1955 : naissance des services départementaux de protection contre l’incendie

Le décret du 20 mai 1955 vient donner un cadre légal à l’activité des services départementaux d’incendie. Ces établissements, déjà existants dans les faits, étaient jusqu’alors en marge de la loi et posaient de nombreux soucis d’ordre administratif et financier. Avec ce décret, ils deviennent services départementaux de protection contre les incendies : des établissements publics dotés de la personnalité morale et d’une autonomie financière. Ils ont pour objet « de mettre, par l’intermédiaire des centres de secours, des moyens en personnel et en matériel à la disposition des communes ne pouvant assurer leur propre service de protection contre l’incendie et des renforts à la disposition des communes possédant un corps de sapeurs-pompiers, pour la lutte contre l’incendie et tous les autres sinistres du temps de paix ».

1996 : les services départementaux d’incendie et de secours

La loi du 3 mai 1996 impose la création, dans chaque département, d’un service départemental d’incendie et de secours (Sdis). Celui-ci exerce les missions suivantes : « la prévention et l’évaluation des risques de sécurité civile ; la préparation des mesures de sauvegarde et l’organisation des moyens de secours ; la protection des personnes, des biens et de l’environnement ; les secours d’urgence aux personnes victimes d’accidents, de sinistres ou de catastrophes ainsi que leur évacuation ».

2004 : la reconnaissance de la dangerosité de la profession

La loi du 13 août 2004 de modernisation de la sécurité civile « reconnaît le caractère dangereux du métier et des missions exercés par les sapeurs-pompiers ». Elle a également pour objectif de mobiliser l’ensemble des compétences impliquées dans la prévention et l’organisation des secours concernant les risques technologiques, naturels ou de nature terroriste.

2015 : un schéma départemental d’analyse et de couverture des risques

Le schéma départemental d’analyse et de couverture des risques, révisé en 2015, « dresse l’inventaire des risques de toute nature pour la sécurité des personnes et des biens auxquels doivent faire face les services d’incendie et de secours dans le département, et détermine les objectifs de couverture de ces risques par ceux-ci ». Il constitue un outil central pour l’organisation et la planification des Sdis.

Benoît Saint-Sever

Sources : sdis78.fr, le site du Sdis des Yvelines et sa rubrique « Notre histoire » ; comedie-francaise.fr et l’article sur François du Mouriez du Périer dit « Du Périer » ; www.terre.defense.gouv.fr/pompiers-paris, le site de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris ; gallica-bnf.fr, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France (BNF) ; legifrance.gouv.fr

Le 18, le numéro des pompiers

Depuis 1932, le 18 est le numéro d’appel attribué aux sapeurs‑pompiers. Il permet de les contacter en cas de situation de péril ou d’accident. À ces côtés, il y a le 15, le numéro du Samu pour les urgences médicales, le 17 pour police secours afin de signaler une infraction et le 112, le numéro d’appel d’urgence européen. Mais, lors de son congrès national en septembre 2025, la Fédération nationale des sapeurs‑pompiers (FNSP) a proposé d’abandonner le 18, le 17 et le 15, au profit d’un numéro unique pour les secours : le 112. Cette mesure, si elle était mise en place, permettrait, selon la fédération, de réaliser des économies.