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L’intelligence artificielle au secours des urgences

Les outils d’IA se perfectionnent et entrent peu à peu dans les établissements de santé. Pour les urgences, ils permettent de retranscrire les appels au Samu, d’aider au triage des patients, d’estimer le temps d’attente et d’ajuster les plannings du personnel.

Des heures interminables dans une salle d’attente d’hôpital ? L’intelligence artificielle (IA) pourrait bien faciliter le quotidien dans les services d’urgences, souvent saturés. Différents usages se déploient actuellement en France.

Des appels retranscrits

Pour le patient, tout débute par un appel téléphonique au 15. Un assistant de régulation médicale décroche. « En même temps que la personne explique sa situation, une IA enregistre et complète le dossier. Cela permet au régulateur d’aller plus vite et de sécuriser ce qu’il entend. L’outil ne fait pas uniquement de la retranscription, il complète et structure automatiquement le dossier du patient », indique Yann-Maël Le Douarin, chef du département santé et transformation numérique à la Direction générale de l’offre de soins (DGOS).

Cette technologie s’inscrit dans une modernisation plus large des Samu. Le passage progressif des lignes téléphoniques classiques vers des appels numériques via internet est en cours sur l’ensemble du territoire. À terme (fin 2026, selon les prévisions), cette évolution facilitera l’intégration d’outils avancés.

Triage facilité et prévisions précises

Passée l’étape de la régulation, à son arrivée à l’accueil des urgences, le patient rencontre l’infirmier. Dans certains services, ce professionnel peut être accompagné d’une IA pour mieux orienter le patient. Cette technologie permet aussi d’estimer le temps d’attente, « et donc d’être moins surpris et de mieux accepter la durée annoncée », reprend Yann-Maël Le Douarin.

Enfin, l’intelligence artificielle excelle également dans l’estimation de la fréquentation à venir des urgences, trois ou quatre jours en amont. Un atout pour améliorer la prise en charge et le quotidien des professionnels de santé. « Lorsqu’on est le seul infirmier ou médecin de garde, et qu’on reçoit deux fois le flux habituel, les conditions d’exercice sont difficiles. » Les plannings des équipes peuvent donc être adaptés en fonction des prévisions. Celles-ci se basent sur un ensemble complexe de données : le suivi des épidémies, la météorologie (par exemple pour la canicule), un grand événement sportif ou culturel à proximité, etc. « Les premiers essais de l’IA, pour cet usage, montrent une fiabilité aux alentours de 95 % », se réjouit Yann-Maël Le Douarin.

Toujours sous contrôle humain

La Direction générale de l’offre de soins a publié l’été dernier deux appels à projets pour financer, puis évaluer, des solutions d’IA dans les hôpitaux. Sur 339 dossiers reçus, 204 ont été retenus (dont 78 pour les urgences) et 3,9 millions d’euros ont été alloués pour accompagner les lauréats. Yann-Maël Le Douarin ajoute : « Nous allons ensuite capitaliser sur leur retour d’expérience pour tenter de convaincre les autres établissements de se lancer. »

Avons-nous la garantie que l’IA ne se substituera pas à un avis médical humain ? « Bien sûr, ce n’est le souhait ni du ministère de la Santé, ni des professionnels. Poser un diagnostic, proposer un traitement, reste de la responsabilité d’un médecin. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle propose et accompagne. Mais je ne peux pas prédire ce qu’il se passera dans vingt ans. »

Le règlement européen sur l’IA impose notamment un « contrôle humain », pour les systèmes d’IA à haut risque – comme dans les services d’urgences. Ces dispositions seront applicables à partir d’août 2026.

Clémentine Delignières