©Shutterstock

Neurofeedback : un entraînement cérébral prometteur

Anxiété, dépression, épilepsie ou même handicap consécutif à un AVC… Pour le traitement de ces différents troubles, une technique non invasive permet aux patients d’apprendre à modifier l’activité de leur cerveau : le neurofeedback. Le point avec une chercheuse, Claire Cury.

Et si nous pouvions modifier le fonctionnement de notre cerveau ? « Avec le neurofeedback, on autorégule son activité. Comme lors de l’apprentissage d’un instrument de musique : on entend un son, plus ou moins faux, et on ajuste en conséquence la position des doigts », résume Claire Cury qui travaille à l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria). Le neurofeedback se pratique avec des électrodes posées sur la tête – plus rarement, avec un appareil d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf). L’activité cérébrale est mesurée, résumée et présentée au participant par des signaux visuels ou auditifs. Il perçoit ce qui se passe dans son cerveau en temps réel, ce qui lui permet, à force d’entraînement, de stimuler les zones favorables à sa récupération et d’encourager la plasticité du cerveau. Les effets s’estompent avec le temps, d’où la nécessité de séances régulières.

Efficace pour le traitement de l’anxiété

À l’origine, en 1958 à l’Université de Chicago, le professeur Joseph Kamiya a établi le principe de l’autocontrôle des ondes cérébrales après avoir réussi à entraîner un sujet à émettre des ondes alpha. Cinq catégories d’ondes circulent dans notre cerveau, les ondes alpha (8 à 13 Hz) étant associées à l’état de relaxation. Le neurofeedback a depuis prouvé son efficacité pour le traitement de l’anxiété : « Plus la bande alpha est élevée, plus la personne est détendue. Cela concerne des régions du cerveau mesurables facilement avec des électrodes : les lobes pariétal et occipital, à l’arrière de la tête », reprend Claire Cury. De nombreux travaux sont en cours sur l’utilisation du neurofeedback pour la rééducation post-AVC ou pour traiter des pathologies comme la dépression, les phobies, l’épilepsie et les troubles de l’attention.

« La recherche doit encore avancer »

Pour chaque indication, les premiers résultats sont prometteurs et suscitent l’espoir, mais nécessitent d’être consolidés. Plusieurs disciplines se croisent : neurosciences, mathématiques, psychologie, ergonomie, informatique, etc. La métaphore (la façon dont le participant reçoit un « feedback ») fait aussi partie du champ de recherche. Sur l’écran, il s’agit d’un personnage qui avance de mieux en mieux pour se rééduquer à la marche, d’une jauge qui monte, d’un thermomètre… Le signal peut être également auditif, par exemple un son qui devient plus harmonieux. « Nous sommes tous plus ou moins sensibles à un type de métaphore et cela joue un rôle important. La recherche doit encore avancer, afin que l’on puisse faire des choix adaptés individuellement. Et comprendre pourquoi, dans certains cas, le neurofeedback ne fonctionne pas », conclut la chercheuse.

Clémentine Delignières

Une pratique encore peu répandue

Les centres de recherche tels que l’Inria, l’Institut du cerveau, l’hôpital de la Pitié Salpêtrière et l’Irisa testent cette nouvelle technologie sur des volontaires. Dans le privé, certains praticiens proposent des thérapies par neurofeedback, mais Claire Cury avertit : « La seule indication qui me semble possible dans ce cadre reste la relaxation, car la zone du cerveau concernée est la même pour chaque patient. » C’est d’ailleurs sur ce bénéfice – la détente – que se positionnent les outils grand public tels que le casque Melomind, créé par deux docteurs en neurosciences pour aider à maîtriser son stress.