Faire de la santé mentale un pilier du rugby professionnel
La Ligue nationale de rugby déploie un plan inédit dédié à la santé mentale. L’objectif est de prévenir, de détecter et d’accompagner les fragilités psychologiques trop longtemps ignorées.
La Ligue nationale de rugby (LNR) fait de la santé mentale de ses joueurs et de ses entraîneurs une priorité. Elle présente ainsi le déploiement de son plan « Santé mentale » lancé en 2023. Une mini-série vidéo intitulée « Têtes hautes », a été réalisée pour en présenter les coulisses.
La santé mentale : un enjeu devenu incontournable
Dans le sport professionnel, la santé physique des sportifs est depuis toujours au cœur des préoccupations (lire notre article). Mais leur santé mentale, elle, est souvent ignorée.
Et pourtant, le sport du haut niveau, et le stress qu’il engendre, ont des répercussions bien réelles sur le bien-être des joueurs. Selon une étude de la fondation Fondamental, un jeune sportif sur cinq exprime un mal-être psychologique.
Pour la LNR, le bien-être mental est donc désormais « une condition indispensable à la performance et à l’épanouissement des joueurs et entraîneurs ». Elle s’inscrit dans une vision globale de la santé du joueur.
Prévenir, détecter et prendre en charge
Le plan « Santé mentale » de la ligue est le fruit d’un travail collaboratif de plusieurs mois. Le projet repose sur trois piliers : prévention, détection précoce et prise en charge personnalisée. « Notre ambition est claire : offrir un cadre protecteur et des ressources concrètes pour accompagner chacun, à chaque étape de son parcours », explique le président de la ligue, Yann Roubert.
Un investissement d’un million d’euros sur cinq ans a été débloqué pour soutenir le déploiement du plan.
Santé mentale : six mesures pour changer la culture du rugby
Dans le détail, la LNR développe six outils concrets.
D’abord la mise en place d’une ligne téléphonique dédiée. Confidentielle, elle permet aux joueurs comme aux équipes de demander de l’aide à tout moment. Un psychologue clinicien externe écoute, rompt l’isolement et oriente.
Des bilans psychologiques de présaison seront également menés dans tous les clubs pour le début de saison 2026-2027. L’objectif étant d’uniformiser les pratiques des clubs et mieux identifier les signaux de fragilité.
En complément, des ateliers de prévention sensibiliseront et de déstigmatiseront le sujet de la santé mentale.
Un baromètre de la santé mentale sera réalisé à partir d’une base de données anonymisées. Il permettra de mieux comprendre l’évolution du bien-être psychologique dans le rugby. Cet outil sera aussi mis au service de la recherche.
Les équipes encadrantes seront, de leur côté, formées à repérer les risques psychosociaux. Elles apprendront, de plus, les gestes de première urgence psychique.
Enfin, la LNR compte sur un réseau territorial composé de psychologues, de services hospitaliers et de cliniques privées spécialisés en psychiatrie et addictologie, afin de garantir une prise en charge rapide et coordonnée, partout en France.
« Aucun joueur ne doit rester seul »
Le message est clair : « Aucun joueur ne doit rester seul face à ses combats », souligne le docteur Bernard Dusfour, président de la commission médicale de la LNR. « Forts d’une collaboration inédite entre professionnels de santé, joueurs et médecins de clubs, nous avons tissé un filet de sécurité sans précédent. Le rugby montre la voie, il trace la route pour faire bouger les lignes », se félicite-t-il.
La psychologue Lise Anhoury Szigeti, qui exerce au Stade Rochelais, évoque, elle aussi, l’importance pour le joueur de libérer la parole. « Parler, consulter, se livrer n’est plus un signe de faiblesse, mais un levier de performance. Plus un joueur se connaît, plus il se libère », insiste-t-elle.
Le plan santé mentale de la Ligue témoigne ainsi d’une réelle volonté de faire évoluer les mentalités. Alors que la santé mentale a été reconduite comme Grande cause nationale en 2026, ce type d’initiative démontre que les lignes sont en train de bouger.

