Malgré la libération de la parole sur la sexualité et l’essor des sextoys, les Françaises sont plus nombreuses que jamais à s’ennuyer au lit, selon une nouvelle enquête. La diversité des pratiques ne semble ainsi pas garantir l’égalité face au plaisir.

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Sexualité épanouie : les femmes et les hommes toujours inégaux

Malgré la libération de la parole sur la sexualité et l’essor des sextoys, les Françaises sont plus nombreuses que jamais à s’ennuyer au lit, selon une nouvelle enquête. La diversité des pratiques ne semble ainsi pas garantir l’égalité face au plaisir.

56 % des femmes s’ennuient pendant leurs rapports sexuels, contre 36 % en 1996. C’est ce qui ressort de l’enquête « Radioscopie des pratiques sexuelles des français(es) » réalisée par l’Institut français d’opinion publique (Ifop) pour JOYclub, communauté en ligne « sexpositive ». Elle a été menée en mars 2026 auprès de 2 210 personnes âgées de 18 ans et plus.

Un « orgasm gap » toujours béant

L’étude confirme la persistance d’un orgasm gap. Cette expression évoque l’écart dans l’accès à l’orgasme entre les hommes et les femmes. En effet, 67 % des hommes déclarent l’atteindre « à chaque rapport ou presque », contre 40 % des femmes. Et la différence est encore plus importante chez les moins de 35 ans. Ainsi, 75 % des hommes jouissent systématiquement, mais seulement 33 % des femmes.

Autre indicateur révélateur : l’anorgasmie (l’absence d’orgasme) est à 8 % masculin, mais à 19 % féminin. « Cette asymétrie de la jouissance reste l’une des inégalités les plus tenaces de la sexualité hétérosexuelle contemporaine », commentent les rédacteurs de l’étude.

Simulation et performance : les signes d’un malaise persistant

Aujourd’hui, 57 % des Françaises reconnaissent avoir déjà simulé un orgasme, soit deux fois plus qu’il y a trente ans. Chez les célibataires qui ont un rapport avec un partenaire occasionnel, le chiffre grimpe même à 81 %.

De leur côté, les hommes sous-estiment ce phénomène. Seuls 32 % affirment l’avoir déjà détecté. Selon l’institut, cette différence « souligne à quel point [la simulation] parvient à maintenir l’illusion masculine de la performance ».

Cette dernière se retrouve également dans la perception de la durée du rapport sexuel. Les hommes l’estiment à 18 minutes en moyenne, quand leurs partenaires l’évaluent à 14 min 30.

Le plaisir féminin pas souvent favorisé

Le choix des positions sexuelles illustre, par ailleurs, ces inégalités. « Les positions sexuelles où la femme joue un rôle actif restent ainsi sous-investies dans le répertoire sexuel des Françaises », rapporte l’étude. Par exemple, la levrette demeure la position la plus pratiquée en France alors même qu’elle permet à 91 % des hommes d’atteindre le plaisir, versus 57 % des femmes.

Une révolution de la sexualité à deux vitesses

De plus, les sextoys s’imposent progressivement dans la sexualité de couple. Quarante-trois pour cent des Françaises déclarent, en effet, en avoir déjà utilisé un avec un partenaire (6 % en 1996). Une pratique associée à une vie sexuelle « plus intense et plus orgasmique », selon l’Ifop.

En parallèle, les chercheurs s’interrogent sur le développement du « sexe trash » chez les jeunes générations. Parmi les femmes âgées de 20 à 29 ans, 71 % déclarent avoir déjà reçu une fessée. Elles sont 61 % à avoir été giflées, mordues, griffées ou avoir subi des tirages de cheveux lors d’un rapport sexuel. Et plus d’un tiers des moins de 35 ans dit également avoir déjà été étranglé ou bâillonné.

« L’essor de ces pratiques dans la génération qui a grandi avec un accès illimité au porn n’est sans doute pas une coïncidence », analyse l’institut (lire aussi notre article). Avant de poursuivre : « Là où les générations féministes des années 1970 luttaient pour s’extraire d’une certaine passivité sexuelle, les jeunes femmes des années 2020 héritent d’un modèle sexuel où la “performance” sexuelle passe désormais par l’acceptation de gestes douloureux. »

Une sexualité plus diverse, mais pas forcément égalitaire

Les pratiques changent, les tabous reculent et les outils favorisant l’exploration du plaisir féminin se démocratisent. Et pourtant, l’ennui chez les femmes et l’écart orgasmique progressent tandis que les logiques de performance perdurent. « Nous avons diversifié les pratiques, mais pas toujours réinventé notre manière de penser le plaisir », résume la sexothérapeute de JOYclub, Maryse Frochot.

À l’heure où les questions de consentement, d’égalité et de santé sexuelle occupent une place croissante dans le débat public, le directeur du pôle Genre, sexualités et santé sexuelle à l’Ifop, François Kraus, estime que : « La grande affaire des prochaines années sera sans doute moins de diversifier encore ce répertoire que de réorienter sa pratique régulière vers les techniques qui rendent effectivement l’orgasme féminin accessible et plaisant. »