Les accidents de trottinette électrique en hausse chez les adolescents
Les trottinettes électriques sont perçues comme un moyen de transport ludique et pratique. Mais elles sont à l’origine d’une recrudescence inquiétante d’accidents chez les plus jeunes. Les traumatismes qu’ils engendrent ont une gravité comparable à ceux impliquant des deux-roues motorisés.
L’hôpital Femme-mère-enfant de Bron (Rhône) alerte sur le nombre d’accidents graves liés aux trottinettes électriques, impliquant des mineurs. Les soignants se sont intéressés aux patients âgés de 2 à 18 ans admis dans un service de neurochirurgie pédiatrique entre 2021 et 2025 pour un traumatisme crânien. Les résultats de leur étude ont été publiés dans la revue scientifique Neurosurgery.
Une hausse importante des accidents graves
Dans le détail, ils montrent « une augmentation spectaculaire des cas nécessitant un avis neurochirurgical ». Leur nombre est en effet passé d’un seul en 2021 à 25 en 2025.
Et cette hausse semble se poursuivre. « Depuis avril 2026, le service de déchocage [la salle d’accueil des urgences vitales, NDLR] de l’hôpital enregistre environ 20 passages par mois pour des accidents de ce genre, indique le professeur Étienne Javouhey, chef du service d’urgences et de réanimation pédiatriques de l’hôpital Femme-mère-enfant. Parmi eux, environ un quart présentent un état de gravité nécessitant une admission directe en réanimation pédiatrique. »
Les victimes sont principalement des adolescents de 14 ou 15 ans. Les plus jeunes, âgés d’une dizaine d’années, sont aussi concernés. Ils ont alors souvent emprunté la trottinette électrique d’un ami ou d’un aîné. Toutefois, la réglementation précise qu’il faut être âgé d’au moins 14 ans pour en utiliser une.
Des séquelles lourdes et durables
L’hématome extradural constitue la lésion la plus couramment rencontrée lors des interventions neurochirurgicales. Il s’agit d’une accumulation de sang entre le crâne et la membrane qui entoure le cerveau. Il peut être à l’origine d’un coma, voire d’un décès s’il n’est pas pris en charge. « C’est un type de lésion que l’on voyait beaucoup il y a trente ou quarante ans pour les mobylettes ou les vélos sans casque », commente Pierre Petitet, interne de neurochirurgie et premier auteur de l’étude.
La surveillance en réanimation pédiatrique est susceptible d’aller de quelques jours à plus d’un mois, selon la gravité. Et les conséquences peuvent être encore plus durables. « Chez l’adulte, les fonctions cognitives et motrices sont déjà installées, explique Pierre Petitet. Chez l’enfant, interrompre ce développement par un traumatisme peut avoir des conséquences dramatiques sur une trajectoire de vie. Environ un tiers de nos patients souffrent d’un handicap modéré à sévère lors du suivi. »
Ils peuvent alors être confrontés à des troubles de l’attention ou de la concentration, à des difficultés d’apprentissage ou encore à une grande fatigue. « Dans les cas les plus graves, une minorité mais bien réelle, certains enfants restent dans des états de conscience minimale et potentiellement pour toute leur vie », ajoute-t-il.
Des dangers minimisés
Malgré la gravité des accidents, « il n’est pas rare que les parents comme les enfants sous-évaluent le risque, percevant la trottinette comme un véhicule inoffensif », constate Pauline Lethellier, pédiatre au service d’urgences et de réanimation pédiatriques de l’hôpital Femme-mère-enfant. « Nous observons un comportement à risque avec un faible respect des règles, ce qui place les utilisateurs de trottinettes sur la route avec les voitures, dans des situations d’accident similaires aux deux-roues motorisés », complète Pierre Petitet.
Par ailleurs, 68,2 % des accidents se produisent sans qu’un autre véhicule ne soit impliqué. L’étude révèle donc que les chutes isolées ou les pertes de contrôle sont fréquentes.
La vitesse atteinte par les trottinettes électriques, normalement limitée à 25 km/h, explique également la gravité des accidents. Certaines sont en effet débridées et peuvent aller beaucoup plus vite.
À cela, s’ajoute l’absence de protection et notamment du casque. Celui-ci n’est, pour l’heure, pas obligatoire mais simplement conseillé.
Le casque fortement recommandé à trottinette
Les professionnels de santé sont unanimes : le port du casque doit devenir une évidence. « Ce qui est frustrant, c’est que la plupart des lésions crâniennes observées sont facilement évitables par le simple port du casque », estime Pierre Petitet. D’autant que même après un traumatisme, environ deux tiers des enfants n’adaptent pas leur comportement.
Les soignants plaident donc pour une meilleure communication sur le sujet. « Plutôt que des messages moralisateurs, une piste serait de transformer le casque en un accessoire “cool” ou de mode, via les réseaux sociaux et des influenceurs, pour toucher directement cette population adolescente qui se sent souvent invulnérable même en dépit d’une expérience personnelle de traumatisme crânien », propose Pierre Petitet.
Le casque est aujourd’hui obligatoire pour les conducteurs de scooters, mais pas pour les utilisateurs de trottinettes électriques. Une incohérence alors même que ces deux engins sont motorisés et exposent à des risques comparables. Aligner les règles permettrait de renforcer la protection de tous. Et au-delà du seul port du casque, accentuer la pédagogie autour des consignes de sécurité routière (lire notre article) semble indispensable.

