Aliments “sans additifs” : méfiez-vous des mentions faussement rassurantes
Yuka et Que choisir ensemble dénoncent les techniques marketing déloyales du secteur alimentaire. Les allégations « sans additifs », « sans colorant » ou « sans conservateur » peuvent induire les consommateurs en erreur.
Les aliments dont l’emballage annonce l’absence d’additifs sont-ils bons pour la santé ? Pas forcément, selon une enquête menée par Yuka et Que choisir ensemble. Dans un communiqué commun, les deux organisations alertent sur la multiplication des mentions « sans conservateur », « sans colorant » ou encore « sans nitrites ». Elles occultent la présence d’autres substances potentiellement plus préoccupantes. Une pratique qualifiée d’« additive washing », par analogie avec le « greenwashing », qui consiste à utiliser des arguments écologiques pour se donner une image faussement responsable.
Vingt produits de grandes marques contiennent des additifs
Riz cantonais, tartiflette, gâteaux apéritifs, filets de maquereau, blinis, madeleines, sandwich… Les organisations ont passé au crible vingt produits ultratransformés. Tous affichent sur leur emballage des mentions « sans ». Et pourtant, « Au total, la quasi-totalité de ces aliments (19) contiennent au moins un additif considéré par Que Choisir Ensemble comme représentant un niveau de risque significatif pour la santé au vu des travaux publiés, alors même qu’il s’agit là de produits d’alimentation très courants, appartenant à des familles d’aliments diversifiées, indiquent-elles. Cinq d’entre eux renferment notamment des mono- et diglycérides d’acides gras (E471), un émulsifiant associé à un risque accru de maladies cardiovasculaires et de cancers. » Par ailleurs, quatorze produits de l’échantillon comportent quatre additifs ou plus.
Les enfants ne sont pas épargnés
Les aliments consommés régulièrement par les enfants (madeleines, cordons-bleus, sauce pour les frites…) sont également concernés par cette stratégie marketing (lire aussi notre article). Sept possèdent des phosphates. Or, la surexposition des enfants à cette substance est délétère pour leur santé juge l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa).
Des bonbons affichent, de plus, sur leur emballage la mention « sans colorant artificiel ». Pourtant, ils ne comptent huit additifs.
Autre exemple : un sirop à la menthe verte présenté comme « 100 % arômes naturels », « sans arôme artificiel ni conservateur ». Il comprend des colorants (E133 bleu brillant FCF et E150a caramel) considérés comme « à éviter ».
Un biais cognitif qui modifie la perception du consommateur
L’ « additive washing » s’appuie sur un biais cognitif bien connu qui influe sur la perception qu’on se fait d’un produit. On l’appelle l’effet de halo. Ainsi, une seule information positive suffit à modifier le jugement global.
« En jouant sur ces mentions rassurantes, les industriels exploitent les préoccupations croissantes des consommateurs envers les additifs alimentaires, explique Julie Chapon, cofondatrice de Yuka. Cette stratégie marketing contribue à brouiller l’information au lieu d’éclairer leurs choix. »
Un appel à un encadrement plus strict des mentions « sans additif »
Face à ces constats, Yuka et Que choisir ensemble demandent une harmonisation au niveau européen des mentions « sans additif ». Ils réclament notamment leur interdiction sur les aliments ultratransformés et les produits de Nutri-score D ou E. Ce dernier est un logo qui présente, de manière simplifiée et visuelle, la qualité nutritionnelle des aliments.
Elles mettent aussi les industriels face à leurs responsabilités. « Nous demandons aux marques de retirer ces mentions sans attendre, déclare Marie-Amandine Stévenin, présidente de Que choisir ensemble. Elles préconisent enfin l’ouverture d’une enquête auprès de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Son objectif serait de mesurer l’ampleur de ces pratiques.
En réaction, les six marques épinglées par l’étude ont estimé être dans leur bon droit. Elles s’appuient sur l’exactitude juridique de leurs mentions.
Reste aux consommateurs d’être vigilant. Mieux vaut qu’ils se fient à la liste des ingrédients plutôt qu’aux arguments marketing tendancieux.

