Bégaiement : au-delà des idées reçues
Plus de 70 millions de personnes bégaient dans le monde, dont 850 000 en France, en Suisse et en Belgique. La 29e Journée mondiale du bégaiement, ce 22 octobre, est l’occasion de dépasser les clichés qui entourent ce trouble de la parole et de la communication. Il est encore trop souvent source de moqueries, de gêne ou de rejet.
« Respire ! », « Calme-toi, prépare ta phrase », « Tu ne bégayes pas beaucoup aujourd’hui ! » Autant de remarques adressées avec de bonnes intentions, mais qui n’en reposent pas moins sur des idées préconçues. Alors que le bégaiement touche environ 1 % de la population adulte, il demeure mal compris du grand public. À l’occasion de la Journée mondiale du 22 octobre qui lui est consacré, l’Association parole bégaiement (APB) sensibilise et informe sur ce trouble.
Le bégaiement, un trouble multifactoriel
Ce dernier se manifeste par des interruptions involontaires du flux de la parole. Il peut s’agir de répétitions de syllabes, de prolongations de sons ou de blocages. Ce trouble apparaît le plus souvent entre 2 et 5 ans, soit brutalement, soit parallèlement à l’acquisition du langage. Bonne nouvelle : il disparaît spontanément chez environ quatre enfants sur cinq. Mais il peut aussi persister à l’âge adulte, où il touche trois à quatre fois plus les hommes que les femmes.
Contrairement à une croyance largement répandue, le bégaiement n’est pas provoqué par un traumatisme, de la timidité ou du stress. « Les dernières recherches scientifiques montrent que le bégaiement a des composantes neurologiques et génétiques, sa survenue et son maintien dans le temps sont multifactoriels », explique l’APB. Ce trouble est, en effet, plus fréquent dans certaines familles. Mais d’autres facteurs, « en lien avec l’enfant (retard de parole…) et avec son environnement (événements familiaux, réactions de l’entourage à sa difficulté…) » semblent intervenir également.
Une prise en charge efficace
Bien que le bégaiement disparaisse de lui-même chez une grande partie des enfants, réaliser un bilan orthophonique peut s’avérer utile. « Si les phases de bégaiement deviennent plus fréquentes et plus intenses, si l’enfant en souffre ou s’il bégaie depuis plus de six mois à un an, il faudra entreprendre un traitement orthophonique régulier », considère l’APB. La prise en charge est d’autant plus efficace quand elle débute avant l’âge de 5 ans. La participation active des parents est, par ailleurs, indispensable.
Chez l’adulte, l’expérience du bégaiement peut avoir des conséquences importantes. Perte de confiance, culpabilité, anxiété ou isolement sont notamment cités par l’association. Les thérapies orthophoniques (lire notre article) et phoniatriques sont alors préconisées. D’autres prises en charge peuvent intervenir en complément : thérapies comportementales et cognitives (TCC), psychothérapie, psychanalyse, traitements médicamenteux…
Savoir bien réagir face au bégaiement
Devant une personne qui bégaie, la meilleure attitude consiste à prendre le temps de l’écouter. Se moquer des difficultés de l’autre est bien entendu délétère. « On peut rire du bégaiement mais avec la personne concernée si elle est d’accord », rappelle l’APB. À l’opposé, la pitié est aussi à proscrire. « Essayez d’être plus à l’écoute et intéressez-vous à elle et pas seulement à sa façon de parler, favorisez le dialogue par tous les moyens », recommande l’association.
Autre comportement à éviter : finir systématiquement les phrases. « En cas de blocage de la parole, gardez le contact visuel et montrez à la personne qui bégaie par votre intention que vous accueillez la difficulté et que vous pouvez l’aider à exprimer son idée si elle le souhaite », préconise l’APB.
Enfin, dernier conseil : « Si vous vous sentez inconfortable ou gêné, ne faites pas comme si de rien n’était », prévient l’association. « Osez parler ouvertement du bégaiement avec la personne si elle le souhaite », conclut-elle.
Ce 22 octobre, la Journée mondiale est le moment idéal pour entendre, enfin, ce que les personnes qui bégaient ont à dire.

